Plan de riposte économique à la crise sanitaire COVID-19 Présentation des mesures de riposte économique

6/4/2020

​ Plan de riposte Ă©conomique Ă  la crise sanitaire COVID-19 PrĂ©sentation des mesures de riposte Ă©conomique Discours de Ibrahima Kassory Fofana Premier Ministre, Chef du Gouvernement RĂ©publique de GuinĂ©e Mes chers compatriotes, C’est avec gravitĂ© que je m’adresse Ă  vous aujourd’hui, au nom du Chef de l’État et du Gouvernement de la RĂ©publique. En effet, notre pays, la GuinĂ©e, Ă  l’instar d’autres nations, vit une crise sanitaire dramatique, liĂ©e au coronavirus ou COVID-19, qui se rĂ©pand avec une rapiditĂ© vertigineuse, endeuille les familles, bouleverse les modes de vie et ralentit l’activitĂ© Ă©conomique. Selon les donnĂ©es de l’Organisation mondiale de la santĂ©, Ă  ce jour, ce sont 202 pays et territoires qui sont touchĂ©s, comptant plus d’un million de cas de contamination dans le monde, avec plus 60 000 dĂ©cès. En GuinĂ©e, les services du ministère chargĂ© de la santĂ© et l’Agence nationale de sĂ©curitĂ© sanitaire (ANSS) dĂ©nombrent plus de 120 cas confirmĂ©s, dont cinq personnes guĂ©ries, et plus de 3 000 personnes ayant Ă©tĂ© en contact avec les cas confirmĂ©s. Mes chers compatriotes, Les projections disponibles ne sont pas rassurantes non plus. La progression dĂ©jĂ  inquiĂ©tante du virus pourrait ĂŞtre encore plus fulgurante. Les donnĂ©es disponibles prĂ©disent que 20 Ă  60% de la population mondiale pourraient ĂŞtre contaminĂ©es et les pertes consĂ©cutives en vies humaines pourraient se compter en millions de victimes. Les projections pour l’Afrique, notre continent, dont les dispositifs de santĂ© publique sont dĂ©ficients et oĂą la solution de confinement prĂ©sente une complexitĂ© de mise en Ĺ“uvre, sont encore plus alarmantes. Le 23 mars dernier, dans son adresse solennelle Ă  la Nation, le PrĂ©sident de la RĂ©publique a instaurĂ© l’état d’urgence dans notre pays, pour renforcer de manière plus efficace la lutte contre la propagation du COVID-19 en GuinĂ©e. Des mesures strictes ont Ă©tĂ© Ă©dictĂ©es, les forces de dĂ©fense et de sĂ©curitĂ© ont Ă©tĂ© mobilisĂ©es et les administrations appelĂ©es Ă  se rĂ©organiser et Ă  s’adapter Ă  la situation d’urgence. Le Gouvernement n’ignore rien des contraintes que la situation actuelle fait peser ainsi sur les droits et libertĂ©s, de mĂŞme qu’il mesure l’impact social de la crise sanitaire pour nos populations, en particulier les plus dĂ©munies, ainsi que pour l’économie nationale, avec des contraintes pesant sur le secteur privĂ©. « PrĂ©occupĂ© » par cette situation, le PrĂ©sident de la RĂ©publique m’a chargĂ©, dans son adresse Ă  la Nation, je cite, de « proposer un plan de riposte Ă©conomique susceptible de soutenir notre Ă©conomie et aider le secteur privĂ© Ă  absorber les chocs induits par le ralentissement prĂ©visible de l’activitĂ© Ă©conomique. » Fin de citation. Sur la base des orientations qu’il a donnĂ©es, le plan de riposte prĂ©sentĂ© au nom du Gouvernement a ainsi Ă©tĂ© amendĂ© et adoptĂ©. Le but de ma prĂ©sente communication est donc de vous prĂ©senter les grandes lignes dudit plan de riposte. Chers compatriotes, Comme vous pouvez le constater, les perspectives Ă©conomiques mondiales sont incertaines et l’économie guinĂ©enne ne sera pas Ă©pargnĂ©e. Elle sera tout aussi impactĂ©e par la crise sanitaire actuelle. Le FMI prĂ©voyait un taux de croissance de l’économie guinĂ©enne de 6% en 2020 (contre 5,6% en 2019). Il est fort probable que les consĂ©quences du COVID-19 se traduiront par une baisse qui pourrait atteindre environ 1% de PIB en 2020. Outre la baisse du taux de croissance annuelle, le niveau de l’inflation devrait aussi s’écarter de la trajectoire prĂ©vue, tandis que le dĂ©ficit budgĂ©taire devrait s’aggraver, en passant de 3,4 Ă  6% de PIB, face Ă  l’accroissement inĂ©vitable des besoins de financement pour apporter une riposte Ă©conomique Ă  la pandĂ©mie. En plus du ralentissement gĂ©nĂ©ral du système productif et la perte consĂ©cutive de recettes fiscales, induits par la situation Ă©conomique mondiale, il convient de relever la position particulière de notre pays du fait de sa dĂ©pendance aux importations et vis-Ă -vis du secteur minier. Par ailleurs, les restrictions internationales aux mouvements de personnes placent nos secteurs du tourisme, de l’hĂ´tellerie et de la restauration dans une situation de fragilitĂ© inĂ©dite. Il apparait clairement que la crise sanitaire actuelle aura de lourdes consĂ©quences sur l’activitĂ© Ă©conomique et sur le niveau de vie des populations. Mes chers compatriotes, Il est, dans la vie et l’histoire des Nations, des moments qui interpellent les gouvernants face Ă  leur responsabilitĂ© de rĂ©duire les incertitudes et produire l’universel. C’est tout le sens des directives de Monsieur le PrĂ©sident de la RĂ©publique, qui a instruit au Gouvernement que j’ai l’honneur de diriger de prendre toutes les dispositions qui s’imposent pour attĂ©nuer les effets de la pandĂ©mie du COVID-19. Je dois avouer que nous avons pris du recul, sur la base de l’expĂ©rience acquise il y a quelques annĂ©es dans la gestion de l’épidĂ©mie Ă  virus Ébola, afin d’apporter une rĂ©ponse coordonnĂ©e et appropriĂ©e Ă  la situation actuelle. Ă€ cet Ă©gard, une certaine prudence s’imposait Ă  nous. Le Gouvernement ne souhaitait pas seulement faire des annonces fantaisistes. Il nous a fallu Ă©tablir, très clairement, les contours du plan de riposte et les moyens de le financer en tenant compte de la nĂ©cessitĂ© de maintenir la stabilitĂ© macroĂ©conomique, et prĂ©server ainsi les acquis chèrement conquis par la gouvernance du Professeur Alpha CONDÉ sur la dĂ©cennie Ă©coulĂ©e.

Après des consultations avec le secteur privé, qui m’a fait remonter ses observations et ses propositions, et en étroite concertation avec les départements ministériels économiques concernés et la Banque centrale de la République de Guinée, le Gouvernement guinéen s’est doté d’un plan rigoureux de riposte économique à la crise sanitaire actuelle. Le coût global de ce plan de riposte économique est de plus de 3 000 milliards de francs guinéens. Notre plan de riposte est adossé à trente (30) mesures spécifiques. Il s’articule autour de trois axes : - une composante sanitaire, destinée à contenir et juguler l’épidémie ; - une composante sociale, qui a pour but d’atténuer les conséquences de la crise sanitaire pour les ménages, notamment ceux en situation de précarité ; - et une composante appui au secteur privé, pour mitiger les effets de l’épidémie sur les entreprises, en particulier les secteurs les plus affectés. J’ai la ferme conviction que les trente (30) mesures retenues nous permettront de mieux protéger la société, prendre en charge nos malades, aider les plus démunis et prévenir l’effondrement de notre système économique. La composante sanitaire du plan concerne l’amélioration de la prévention ainsi que des conditions dans lesquelles les personnes atteintes par le virus sont prises en charge de façon décente. À ce titre, pour un coût total de 1 125 milliards de nos francs, la composante sanitaire du plan de riposte économique vise les objectifs suivants : - le renforcement du dispositif de surveillance et de prise en charge, tant à Conakry qu’aux trente-quatre (34) postes frontières identifiés et jugés comme étant les plus sensibles ; - le renforcement des infrastructures et du système national de santé. La composante sociale du plan, quant à elle, vise à apporter une aide appropriée aux populations, en particulier les plus démunies. Elle comporte le plan de l’ANIES et des mesures sociales complémentaires. À cet effet : - l’Agence nationale d’inclusion économique et sociale (ANIES), fer de lance de la politique sociale du Gouvernement, commencera à exécuter, à partir de cette semaine, un plan d’urgence de 439 milliards de francs guinéens, déjà disponible, pour mener une campagne de sensibilisation et la distribution de kits de protection, la réalisation de travaux à haute intensité de main d’œuvre (HIMO) destinés à assainir le cadre de vie à Conakry, et la réalisation de transferts monétaires pour 240 000 ménages vulnérables visés (soit 1,6 millions de Guinéens) ; - au titre des mesures sociales complémentaires, l’État prendra à sa charge pour trois mois les factures des abonnés au tarif social de l’électricité à compter de ce mois d’avril, pour un coût de 456 milliards de francs guinéens ; - l’État prendra également à sa charge pour trois mois les factures des abonnés au tarif social de l’eau à compter de ce mois d’avril, pour un coût de 24 milliards de francs guinéens ; - les échéances de paiement des factures d’eau et d’électricité pour l’ensemble des autres abonnés non commerciaux seront décalées de trois mois ; - les prix des produits de santé (c’est-à-dire produits pharmaceutiques et équipements de santé) et des denrées de première nécessité sont gelés sur la période de la pandémie ; - les loyers sur les bâtiments publics et privés sont bloqués d’avril à décembre 2020 ; - les transports publics en bus sont rendus gratuits pour trois mois à partir de ce mois d’avril, ce qui représente un effort de l’État à hauteur de 6 milliards de francs guinéens ; - le transport public par voie ferroviaire (Conakry Express) est également rendu gratuit pour trois mois à compter de ce mois d’avril 2020, soit un coût pour l’État de 2 milliards de francs guinéens ; J’ai instruit tous les ministres sectoriels de prendre les dispositions requises pour l’application de ces mesures. La composante appui au secteur privé consistera en un appui significatif au secteur privé, en particulier les secteurs les plus affectés que sont le tourisme, l’hôtellerie et l’artisanat. Ainsi il est décidé : - le report (pour trois mois) de l’ensemble des charges fiscales et sociales des entreprises du secteur du tourisme et de l’hôtellerie ; - un effort de paiement sans délai des arriérés dus par l’Etat aux secteurs du tourisme et de l’hôtellerie ; - un report pour trois mois du paiement des factures d’eau et d’électricité pour les entreprises du tourisme et de l’hôtellerie ; - l’État renonce pour trois mois à la TVA sur les factures d’eau et d’électricité des entreprises du secteur du tourisme et de l’hôtellerie ; - les échéances de remboursement des prêts bancaires au secteur du tourisme seront reportées de trois mois sans coût financier pour les entreprises ; - les équipements de santé et produits assimilés et entrant dans le cadre de la lutte contre le COVID-19 sont exonérés de tous droits et taxes pour toute la durée de la crise sanitaire ; - le paiement des impôts, taxes et versements assimilés est reporté de trois mois pour l’ensemble des petites et moyennes entreprises ; - les délais de remboursement des crédits de TVA aux entreprises sont réduits à deux semaines, et le ministre chargé du budget prendra toutes les dispositions en ce sens ; - la facturation des surestaries au port et à l’aéroport est suspendue pour trois mois ; - la dette intérieure de l’État, qui pénalise aujourd’hui nos PME, fera l’objet d’un effort progressif et significatif de règlement ; - les arriérés portant sur les marchés publics préfinancés par les entreprises au moyen d’emprunts bancaires feront également l’objet d’un effort significatif de règlement ; - les pénalités de retard dans le cadre de l’exécution des marchés et commandes publics de l’État et ses démembrements sont annulées ; - un fonds de garantie des prêts bancaires aux petites et moyennes entreprises (PME) sera créé, avec une dotation initiale de 50 milliards de francs guinéens ; - un fonds spécifique pour les groupements d’intérêt économique sera mis en place, pour un montant de 20 milliards de francs guinéens, pour les aider à mieux absorber le choc économique de la crise sanitaire et les accompagner dans leur formalisation ; - les exigences pesant sur les banques commerciales au titre de leurs réserves obligatoires auprès de la banque centrale seront assouplies, pour garantir le financement de l’économie ; - pour la même raison, les conditions de refinancement des banques commerciales auprès de la banque centrale seront allégées, avec une réduction du taux directeur de l’institut d’émission ; - les modes de paiement par voie digitale (ou monnaie électronique) seront facilités et amplifiés. Mesdames et messieurs, Chers compatriotes, Pour assurer le financement des mesures que je viens d’annoncer, un Fonds spécial de riposte et de stabilisation de l’économie, appelé Fonds de riposte COVID-19, sera créé dès cette semaine. Ce fonds, qui s’élèvera à un montant minimum de 2 500 milliards de francs guinéens, sera alimenté par l’État à travers différentes sources de financement déjà identifiées et par les contributions volontaires des particuliers et des entreprises. À cet effet, le Gouvernement lance un appel public à la solidarité nationale, pour que, ensemble, État, particuliers et entreprises, nous mutualisions nos efforts pour combattre plus efficacement la crise sanitaire actuelle. Je voudrais également porter à votre connaissance que des discussions sont en cours avec nos partenaires techniques et financiers, bi et multilatéraux, pour garantir leur indispensable soutien dans le cadre de la lutte contre la pandémie liée au COVID-19. Je tiens ici à leur exprimer la reconnaissance de toute la Nation pour leur constant appui Chers compatriotes, La crise sanitaire que nous traversons est sans précédent. C’est la deuxième épidémie que nous connaissons en Guinée, en moins de dix ans, après celle liée au virus Ébola. La résilience des braves populations guinéennes est, encore une fois, mise à très rude épreuve. Dans la lutte contre la maladie virale Ébola, chaque Guinéenne, chaque Guinéen, à son échelle, a donné du sien. Comme un seul homme, la Nation guinéenne tout entière s’est dressée pour lutter pour sa survie et notre Nation est restée debout. C’est dans cette force que nous devons à nouveau puiser aujourd’hui les ressources nécessaires pour venir à bout de la présente crise. À chaque fois que l’avenir de la Guinée a été en jeu, nous avons su, nous Guinéens, trouver la force nécessaire pour nous réinventer. Au-delà des divergences politiques, des considérations sociale, ethnique, religieuse ou des spécificités de nos mœurs et coutumes, il nous appartient d’adopter des attitudes responsables face au péril.

Braves populations guinĂ©ennes, Je tiens Ă  rĂ©itĂ©rer l’invitation de Monsieur le PrĂ©sident de la RĂ©publique Ă  observer les mesures de prĂ©vention Ă©dictĂ©es par les autoritĂ©s sanitaires, en particulier les gestes barrières et les rĂ©flexes hygiĂ©niques associĂ©s. Vous comprendrez Ă  sa juste valeur, la dĂ©cision prise par Son Excellence Monsieur le PrĂ©sident de la RĂ©publique, Professeur Alpha CONDE, de dĂ©clarer l’état d’urgence en GuinĂ©e, pour mieux livrer cette guerre sanitaire, face Ă  un ennemi invisible, vicieux et dangereux, dont les effets dĂ©vastateurs sont visibles et ressentis Ă  bien des Ă©gards. Je veux lancer un appel Ă  toutes les forces morales, politiques et sociales de notre pays, pour l’effort individuel et collectif exigĂ© par l’état d’urgence. DĂ©jĂ , il est heureux de noter l’élan de solidaritĂ© et de mobilisation observĂ© dans le discours politique face Ă  l’épreuve de la crise sanitaire. Le moment exige une synergie d’actions coordonnĂ©es et dĂ©terminĂ©es de toutes les forces vives de la Nation. Nous devons cela aux plus vulnĂ©rables de la sociĂ©tĂ©, notamment les femmes, en raison mĂŞme du rĂ´le qui leur revient dans l’équilibre familiale et sociĂ©tale. C’est vrai, la dĂ©mocratie, ce n’est pas simplement la facultĂ© d’exprimer librement son opinion ou de porter la contradiction. La dĂ©mocratie, c’est aussi, et peut-ĂŞtre surtout, la volontĂ© et la capacitĂ© Ă  se rassembler, pour garantir une communautĂ© de destin, lorsque la sociĂ©tĂ© fait face Ă  une situation exceptionnelle et que le pĂ©ril menace l’existence mĂŞme de la Nation. ​ Chers compatriotes, Je tiens Ă  vous rassurer que le Gouvernement est et demeurera mobilisĂ© pour mettre en Ĺ“uvre toutes les dispositions que je viens de prĂ©senter dans les grandes lignes. Au nom du PrĂ©sident de la RĂ©publique, le Gouvernement, par ma voix, prend devant vous l’engagement solennel de mener ce combat avec toute la dĂ©termination requise. Je voudrais, pour terminer, fĂ©liciter, remercier et encourager les professionnels de santĂ©, notamment les personnels soignants qui, malgrĂ© la faiblesse des moyens Ă  leur disposition, assurent efficacement la prise en charge des malades, parfois au pĂ©ril de leur vie. La Nation toute entière leur doit une reconnaissance infinie. Pour lutter contre le COVID-19, apporter une aide aux plus dĂ©munis et soutenir nos entreprises, Vous pouvez compter sur nous. Je vous remercie!!!

. Discours de M. Ibrahima Kassory FOFANA – Plan de riposte économique COVID-19 – Conakry, 6 avril 2020

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