Perspectives économiques en Guinée Performances macroéconomiques et perspectives

10/6/2020

La Guinée a connu une croissance de son PIB de 6% en 2018 et 6,2% en 2019. Ce rebond a été soutenu grâce à la hausse des investissements directs étrangers (IDE) dans le secteur minier et à une certaine amélioration de la production d’électricité. Cependant, la pandémie actuelle de Covid-19 menace de plonger l’économie mondiale dans une sévère récession.

Dans un scénario optimiste qui ignorerait les effets néfastes de cette pandémie, la croissance du PIB devrait évoluer autour d’une moyenne de 6% sur la période 2020-2021. La croissance aurait été portée par les politiques visant, d’une part, à améliorer la qualité de la gestion des finances publiques, l’environnement des affaires, l’efficacité du système bancaire, la gouvernance du secteur de l’électricité, et, d’autre part, à fournir une meilleure captation de valeur dans les secteurs minier et agricole.

Avec la pandémie du Covid-19, la croissance du PIB est désormais attendue à des niveaux nettement inférieurs, soit 1,4% en 2020 et 5,8% en 2021 dans le scénario de base, et -1,8% en 2020 et 3,8% en 2021 dans le scénario pessimiste. Table 1 :

Indicateurs macroéconomiques de la Guinée Sans COVID-19(*)
Avec COVID-19(**) Baseline Pessimiste 2018 2019(e) 2020(p) 2021(p) 2020(p) 2021(p) 2020(p) 2021(p) Croissance du PIB réel (%) 6,0 6,2 6,0 6,0 1,4 5,8 -1,8 3,8 Inflation (%) 9,8 9,7 9,4 6,4 8,6 7,6 8,7 8,0 Solde budgétaire (% PIB) -1,5 -2,9 -2,8 -2,7 -2,9 -3,1 -3,1 -3,4
Solde du compte courant (% PIB) -2,3 -8,1 -18,0 -14,2 -23,2 -16,9 -24,1 -16,4
Source : Département de statistique de la Banque africaine de développement (*) Projections réalisées en janvier 2020 (*) Projections réalisées en avril 2020
En 2019, on estime que les services ont contribué pour 44% au PIB de la Guinée et fourni 34% des emplois.
Les activités industrielles ont généré 33% du PIB, dont environ 17% pour les activités extractives et 7% en 2019 pour les manufactures. Le secteur primaire a représenté 17% du PIB, dont 7% pour l’agriculture. L’accroissement des investissements dans les industries extractives de ces cinq dernières années devrait augmenter la part du secteur industriel dans le PIB. Cependant, en l’absence d’autres politiques, cela n’impactera pas positivement la capacité de l’économie à transformer ses matières premières pour capter plus de valeur ajoutée.

L’enjeu pour la Guinée est donc de poursuivre des politiques qui favorisent la transformation structurelle de son économie. Le taux d’inflation annuel était de 9,7% en 2019 et était attendu à 9,4% en 2020 et 6,4% en 2021 sans la pandémie du Covid-19, dans un contexte de politique monétaire prudente. Les nouvelles projections prenant en compte le Covid-19 prévoient une inflation située dans la fourchette 8,6 à 8,7% en 2020 et 7,6 à 8% en 2021.

Cependant, ces projections pourraient être remises en cause par des interventions éventuelles du gouvernement et de la Banque centrale de Guinée (BCRG) pour soutenir l’économie en réponse aux menaces que fait peser la pandémie du Covid-19. Les produits alimentaires, qui représentent 37,6% du panier de la ménagère, pourraient également exercer une pression haussière sur le niveau des prix en cas de pénurie.
En effet, l’état de dégradation des routes rurales allonge le temps d’acheminement et les pertes de produits agricoles entre les zones de production et les zones de consommation. Ces coûts sont reflétés dans les prix de vente des denrées alimentaires au consommateur final. Le déficit budgétaire s’est détérioré de 1,5% du PIB en 2018 à 2,9% en 2019 sous la pression des subventions au secteur de l’électricité. Il devrait se détériorer en 2020 compte tenu de la crise du Covid-19.
En effet, elle impose une hausse des dépenses sociales et de santé, des interventions budgétaires pour soutenir l’économie et une baisse des recettes publiques face au ralentissement général de l’activité économique. Le taux de pression fiscale est faible, soit 12,5% du PIB en 2018. Cette situation s’explique par un faible civisme fiscal, des moyens de contrôle inadaptés et de nombreuses exonérations fiscales.
Le déficit des paiements courants devrait se détériorer à court terme, passant de 8,1% du PIB en 2019 à environ 18% en 2020, avant de s’améliorer à moyen terme. Le cours du franc guinéen (GNF) ne cesse de se déprécier depuis quelques années. Il est passé de 1 797 GNF en 2000 à 9 351 GNF pour un dollar en 2019, en raison notamment du faible niveau de rapatriement des recettes d’exportation des produits miniers. Les réserves extérieures devraient augmenter grâce aux réformes en cours pour renforcer l’autonomie de la Banque centrale.

Cette augmentation devrait contribuer à une plus grande stabilité du taux de change. Le niveau de la dette, qui s’était réduit sensiblement de 58,1% du PIB en 2011 à 27,2% en 2012, est remonté à 37,2% en 2017 et 39% en 2018. En 2019, l’encours de la dette publique a été évalué à 45% du PIB par le FMI, largement en deçà du seuil maximum de 70% fixé par la CEDEAO.

Cependant, le taux d’endettement de la Guinée pourrait augmenter. Cette hausse serait le fait des efforts budgétaires nécessaires pour faire face à la pandémie du Covid-19, mais également des nouveaux prêts souscrits auprès de la Chine destinés au financement d’infrastructures routières et énergétiques.

Potentialités de la Guinée La pandémie du Covid-19 est une menace certaine pour l’économie mondiale. Aucun pays ne semble épargné. Elle impactera l’économie de la Guinée, qui possède toutefois des atouts considérables.

En effet, au-delà de ses richesses minières, le pays pourrait tirer parti de ses énormes ressources en eau. Le potentiel en terres arables est évalué à 6,2 millions d’hectares, dont 75% sont inexploités et 64 000 hectares de terres irrigables, dont moins de 10% sont aménagés. Le potentiel hydroélectrique, exploité à moins de 6%, est estimé à 6 000 MW, pour une énergie garantie de 19 300 GWh/an. Les importations de produits alimentaires transformés, dont la plupart peuvent être produits localement, se chiffraient à près de 558 millions de dollars américains en 2018. L’État guinéen a pour objectif de réduire de 50% son déficit commercial alimentaire avant 2025.

À cet effet, il va créer des zones de transformation agroalimentaire avec un programme pilote de développement des zones de transformation agricoles dans les régions administratives de Boké et Kankan. Ce programme permettra, entre autres, de disposer d’un ensemble de connaissances, qui pourront être dupliquées sur l’ensemble des dix agropoles du pays. Le gouvernement, conscient des potentialités économiques du pays, a engagé des réformes pour améliorer le climat des affaires.

La Guinée a ainsi progressé de 23 places au classement Doing Business 2020(le lien est externe) par rapport à l’édition 2012. Le pays est résolu à faciliter l’essor du secteur privé. Les investissements directs étrangers ont d’ailleurs connu une forte augmentation ces dernières années passant de 3% du PIB en 2015 à 14,5% en 2017. L'investissement représente 36% du PIB en 2018, après un record de 75% en 2017, dont 58% dans le secteur minier, 10% dans les autres secteurs privés et 7% dans le secteur public.

La Guinée participe activement aux efforts d’intégration régionale, mais le niveau de ses échanges commerciaux avec la sous-région reste très faible.
Les exportations vers la CEDEAO n’ont représenté que 0,5% du total de ses exportations en 2017. Elles sont destinées principalement au Ghana (89,1%), au Mali (5,8%) et au Sénégal (3,0%). Les importations en provenance de la CEDEAO représentent 4,3% du total en 2017 et restent dominées par les produits ou pièces de rechange automobile (46,5%), suivis par ceux de l’industrie pétrolière (13,2%), des industries alimentaires et des boissons (11,1%), et par les machines et équipements (8,5%).
Elles proviennent principalement du Sénégal (13,4%), de la Sierra Léone (10,5%), de la Côte d’Ivoire (9,9%), du Mali (3,0%) et du Ghana (2,4%). Principales données chiffrées(le lien est externe) Population : 12,7 millions d’habitants (2018) Superficie : 245 720 km² PIB réel : 11,13 milliards USD(*) (2018) PIB réel par tête : 896,8 USD(*) (2018) Espérance de vie : 60,7 années (2018) Taux de pauvreté : 55,2 (ELEP-2012) : AfDB Statistics Department and World Development Indicators (*) Dollar constant de 2010

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